Sur les terres de Glaad, au cÅ“ur du continent celtique d’Eriawn, en dehors des villes fortifiĂ©es, l’animation de la vie s’arrĂªte dès que le soleil franchit l’horizon. Car la nuit n’appartient pas aux ambitieux, mais aux crĂ©atures lĂ©gendaires d’Heldion. Les voyageurs avisĂ©s s’abritent, les habitants verrouillent leurs portes, et mĂªme les patrouilles de la garde Ă©vitent de s’aventurer sous la frondaison des anciens chĂªnes.
Branwyll marche en silence sur la terre humide. Guerrier-druide accompli, il maĂ®trise autant l’art du combat rapprochĂ© que la magie primordiale qui infuse chaque parcelle d’Eriawn. Cela fait quatre nuits qu’un mal Ă©trange frappe les campagnes de la capitale : des cris inhumains rĂ©sonnent dans le noir, provoquant une terreur si absolue que les villageois en perdent la raison dès qu’ils aperçoivent l’ombre de leur agresseur.
L’aventurier expĂ©rimentĂ© s’est saisi de la quĂªte la plus importante du bureau des questeurs. Une mission mandatĂ©e par le royaume lui-mĂªme.
Branwyll s’arrĂªte net au centre d’une clairière balayĂ©e par les vents. Il ferme les yeux, ajuste sa posture pour ancrer son centre de gravitĂ©, et pose la paume de sa main sur le pommeau de son Ă©pĂ©e. D’une voix basse, il rĂ©cite une incantation druidique oubliĂ©e.
— Hud er maen hag en houarn, dihun-te ha blein me hent.
ImmĂ©diatement, les runes gravĂ©es tout au long de sa lame s’illuminent d’une douce lueur ambrĂ©e. La magie de la pierre et du fer s’Ă©veille, rĂ©vĂ©lant la traĂ®nĂ©e spirituelle et poisseuse laissĂ©e par la crĂ©ature dans la brume.
Il réalise alors à quoi il a affaire, ses doutes sont confirmés.
Ce n’est pas un monstre sanguinaire ordinaire. Il s’agit du Bugul-Noz, l’orphelin de la nuit, une crĂ©ature lĂ©gendaire de la mythologie d’Eriawn. Un Ăªtre si hideux que sa seule vue insuffle une Ă©pouvante mortelle aux hommes. Mais le Bugul-Noz est normalement un esprit solitaire, un protecteur timide des bois. Pourquoi s’en prend-il soudainement aux habitants de Glaad avec tant de fureur ?
Branwyll serre la garde de son arme. L’air devient glacial, saturĂ© d’une tension presque tangible. Il le sait : les rĂ©ponses se trouvent au plus profond de la forĂªt, et la nuit ne fait que commencer.








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